Homélie du Jeudi Saint

1ère lecture : le repas pascal, ancêtre de notre eucharistie : Ex 12,1-8;11-14

2ème lecture : le plus ancien récit de l’institution de l’eucharistie : : 1 Cor 11,23-26

Evangile : le lavement des pieds : Jn 13,1-5

Jésus n’a pas subi sa mort : il l’a vécue consciemment et en toute liberté. Il a choisi d’en faire un don de vie : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » (Jn 10,18). Il était venu pour nous révéler l’amour du Père et il a choisi d’aller au bout de sa mission quel qu’en soit le prix : « Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1).

La dernière soirée qu’il partage avec ses disciples est donc particulièrement intense ; c’est son repas d’adieu (la « dernière cène ») au cours duquel il va non seulement nous livrer son dernier message (son « testament spirituel ») mais aussi sa propre vie.

Et tout cela dans le contexte si particulier de la fête de la Pâque juive, la grande commémoration du « passage » de l’esclavage à la liberté. « Faire mémoire » de l’Exode c’est beaucoup plus que simplement se souvenir de ce qui s’est passé à l’époque de Moïse. C’est continuer à vivre cette grande aventure ! Car l’histoire continue, et aujourd’hui encore, il nous faut nous libérer de tout ce qui peut entraver notre vie et notre monde pour aller vers une vie plus belle, plus libre, plus juste, pour tous. Moïse avait été l’instrument de cette libération et de cette « alliance pour la vie » conclue sur le Sinaï entre Dieu et son peuple. Jésus est l’instrument d’une libération bien plus profonde – il nous libère du mal et du caractère définitif de la mort – et d’une alliance définitive, la nouvelle Alliance conclue dans son sang.

Dans ce repas pascal très particulier, chaque élément devait aider revivre ce grand moment : le pain azyme, la coupe de vin, les herbes amères, comme celles du désert, et l’agneau sans tache dont le sang versé est devenu le symbole de la libération. Lors du dernier repas de Jésus, on retrouve ces éléments, le pain et le vin, comme on les retrouve dans nos eucharisties aujourd’hui, mais pas d’agneau ! Sauf que le véritable « agneau pascal » est bien là : c’est Jésus qui, au prix de son sacrifice, nous obtient la véritable libération !

Son dernier message,son « testament spirituel », Jésus nous le laisse sous forme concentrée de deux gestes qui en disent plus que tous les discours et que nous devons longuement méditer : le partage du pain et du vin, et le lavement des pieds.

Le premier, rapporté par Marc, Mathieu et Luc, est repris du rite de la Pâque juive et approfondi par Jésus : « Le pain que Dieu vous donne, c’est moi ! ». Le geste est simple mais les paroles sont rudes : « Ceci est mon corps livré pour vous : mangez ! Ceci est mon sang versé pour vous : buvez ! » – difficile d’être plus  incarné ! – « Chaque fois que vous referez ce geste, vous proclamerez ma mort et ma résurrection, vous actualiserez mon sacrifice, vous recevrez le cadeau de ma vie donné pour vous et pour la multitude ».

Le deuxième geste, rapporté uniquement par Jean, est emprunté à la vie de tous les jours : un humble geste de service. Comme pour nous dire que c’est à notre portée à tous, et qu’il ne faut pas chercher midi à quatorze heures quand nous nous demandons comment aimer. Un geste qui a surpris et choqué Pierre : était-ce bien le moment ? était-ce bien au Maître d’accomplir ce geste réservé au serviteur ? Oui justement : c’est ce geste d’abaissement qui dit le mieux ce qu’est aimer : se mettre au niveau de l’autre, du plus petit, pour l’aider à grandir.

Ce geste prémédité, provocateur, est un concentré non seulement du message de Jésus mais aussi de ce qu’il est en train de vivre : son abaissement et son relèvement, sa mort et sa résurrection. C’est en même temps une invitation à le suivre sur ce même chemin : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur » et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous lavez les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

En cette période de confinement, ne manquons pas de nous laisser toucher par tous ces gestes d’humbles services posés dans les hôpitaux, les maisons de repos et tous les lieux de service à la population : ils répercutent pour nous le message de Jésus. Et demandons-nous comment, chacun dans la position que est la sienne, nous pouvons embrayer dans cette grande chaîne de solidarité, de don de soi, de service qui nous aidera à traverser la pandémie et à monter vers Pâques.

Jacques Boever

Nous pouvons prier plus spécialement

  • pour les victimes du Covid19 et leurs familles, les personnes isolées et inquiètes…
  • pour ceux qui exercent la responsabilité du bien commun…
  • pour tous ceux qui paient de leur personne pour soigner, aider, accompagner, servir…
  • pour les prêtres dont c’est la fête en ce jeudi saint